QU’EST-CE QU’UN MÉMOIRE ?

By Weuss | Mémoire | No Comments

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Que je veuille connaître une machine, je la découperai pour en étudier séparément chaque partie. Quand j’aurai de chacune une idée exacte et que je pourrai les remettre dans le même ordre où elles étaient, alors je concevrai parfaitement cette machine, parce que je l’aurai décomposée et recomposée.

Condillac

1.1. LIMITES

La notion de « mémoire » renvoie à plusieurs réalités distinctes. Un mémoire peut être le document élaboré par un avocat à l’intention d’un tribunal. Il désigne également un rapport établi par une administration, sur un sujet donné, dans le cadre d’un processus de décision.

Nous l’emploierons ici dans un sens plus précis. C’est un document de 40 à 200 pages (ou plus) réalisé dans le cadre d’un processus de formation par une ou plusieurs personnes, sur un sujet proche du champ d’étude choisi et dans une perspective qui s’efforce de tenir compte des règles de l’activité scientifique.

1.2. LES LIEUX D’ÉLABORATION D’UN MÉMOIRE

De très nombreuses voies de formation inscrivent dans leur programme la réalisation d’un mémoire :

— dans les universités, le mémoire est très généralement exigé pour l’obtention d’une licence (bachelor) ou d’une maîtrise (mastère);

— dans les écoles professionnelles, l’exigence du mémoire est aussi fort répandue (je pense en particulier aux formations professionnelles dans le secteur social et le secteur de la santé) ;

— enfin, de nombreuses formations complémentaires longues, qui s’adressent à des praticiens au bénéfice d’une certaine expérience professionnelle, exigent la rédaction d’un mémoire (observons que celui-ci doit être réalisé dans des conditions souvent difficiles, parallèlement à une activité à plein temps ou à d’autres obligations).

Toutes ces situations sont différentes. Chaque institution de formation a ses règlements, ses traditions, son ambiance intellectuelle. Souvent, la définition même du mémoire est une occasion de marquer les différences et les spécificités. Il serait vain de vouloir nier cette diversité. Elle exprime des efforts d’adaptation de la tâche aux situations différentes des étudiants. Les circonstances m’ayant conduit à diriger des mémoires dans ces diverses catégories d’institutions, j’ai observé qu’au-delà de ces différences, un ensemble de problèmes identiques doivent être résolus par celles et ceux qui entreprennent la réalisation d’une telle tâche.

1.3. QUELQUES TYPES DE MÉMOIRES

Les mémoires ne sont pas une activité stéréotypée et monolithique. La plupart d’entre eux se rattachent à l’un des trois types que je voudrais présenter brièvement.

Le mémoire-compilation

L’étudiant choisit un thème d’étude, il rassemble l’essentiel de la littérature qui traite de la question, il l’analyse et en fait une présentation critique. Son effort consiste à montrer sa capacité de compréhension des travaux déjà réalisés, sa perception des divers points de vue et son art d’exposer l’état du débat, le cas échéant, en exprimant une position personnelle.

Le mémoire-recherche

Il aborde l’étude d’un thème neuf ou peu exploré. Il implique une démarche d’observation substantielle, souvent une étude empirique. L’étudiant doit « aller sur le terrain ».

Le mémoire-analyse d’expériences

Il est, en particulier, fréquent dans le cadre des formations professionnelles supérieures, lorsque les étudiants ont effectué des stages ou ont déjà exercé une activité professionnelle. Il met l’accent sur la présentation d’une expérience, sur son analyse et, souvent, sur la comparaison avec d’autres activités similaires. Fréquemment, il débouche sur l’élaboration de propositions permettant de poursuivre, voire de réorienter des actions.

Faut-il préciser que ces trois types de mémoires sont légitimes, qu’ils ont leur propre logique interne et qu’ils peuvent constituer d’excellents lieux de formation (dans cette perspective, ils ont tous des avantages et des limites).

1.4. PRÉCISIONS

Il est utile d’indiquer que la pratique du mémoire a connu récemment un certain nombre d’évolutions, sous l’effet de deux préoccupations : la prise en considération de l’utilité sociale de l’exercice, ainsi que la transformation des techniques d’expression. Ainsi, on a vu apparaître des mémoires dont l’objectif était de réaliser une présentation détaillée d’un ensemble institutionnel ; par exemple : les banques de données juridiques en Europe. En outre, certaines institutions de formation autorisent, voire encouragent la mise en œuvre de mémoires qui utilisent les moyens audiovisuels, particulièrement la vidéo et les systèmes multimédia. Il m’apparaît que ces initiatives sont heureuses ; pourtant, cet ouvrage n’abordera pas les problèmes spécifiques de ces catégories de mémoires. On ne peut pas tout faire.

 


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